L’illusion du multitâche : pourquoi y croit-on?

Le multitâche, c’est le fait de réaliser au moins deux tâches simultanément. Selon l’Agence Science Presse, pourtant, « le cerveau multitâche est en grande partie un mythe, sauf dans le cas de tâches rendues automatiques par l’apprentissage ». Parler et marcher en même temps, par exemple.


Dans cet épisode de la série Hyperconnectivité et temps d’écran du balado Les Temps moderne, Martine Rioux s’entretient avec Charles-Antoine Barbeau-Meunier, doctorant en médecine et en neuroimagerie à l’Université de Sherbrooke et cofondateur de l’organisme Bien-être numérique, et Geneviève Cormier, professeure au Cégep de Sainte-Foy, coordonnatrice de mariages et maman de 5 jeunes sportifs.

Même s’il peut activer plusieurs zones simultanément, le cerveau humain n’est pas en mesure de réaliser plusieurs tâches à la fois. Lui demander de le faire épuise le taux de glycémie dans le corps ce qui entraîne un sentiment de fatigue, voire d’angoisse !


On estime qu’un quart de seconde est nécessaire pour alterner d’une tâche à l’autre et 15 minutes est le temps requis pour revenir à une tâche mentale intensive.


Bien que certaines études ne démontrent aucun effet désastreux du multitâche sur les fonctions cognitives, plusieurs chercheurs s’entendent pour dire que cette pratique nuit à notre efficacité et augmente le risque de faire des erreurs.


Malgré tout, nous sommes nombreux à le faire quotidiennement… Et d’ailleurs, Charles-Antoine Barbeau-Meunier et Geneviève Cormier indiquent eux-mêmes faire énormément de multitâche en raison de leurs nombreuses occupations.

« On n’a pas le choix de faire du multitâche. Ça devient naturel. » - Charles-Antoine Barbeau-Meunier

Une habitude que l’on prend

Notre cerveau serait-il tout simplement en voie de s’habituer à faire du multitâche, face aux multiples canaux d’informations auxquels il est exposé à longueur de journée? Charles-Antoine le fait remarquer : « Nous n’avons jamais été exposé à autant de stimuli qu’aujourd’hui ».


Nos sens sont constamment interpellés par toutes sortes d’éléments venant de l’extérieur (bruit, couleur, odeur). Le multitâche existait avant le numérique, fait remarquer Geneviève. Cependant, le rythme s’accélère et nous ajoutons constamment des éléments à notre environnement. « C’est devenu du quotidien de faire du multitâche. »


Recentrer notre attention

Charles-Antoine croit qu’au lieu d’apprendre à faire du multitâche, il vaudrait mieux apprendre à bien faire les tâches. « Il faut apprendre à recentrer notre attention. C’est important de repérer les moments où l’on se concentre vraiment sur une tâche pour prendre conscience des effets. Cette tâche sera peut-être mieux réalisée. »


« Bien faire une tâche devrait primer sur faire une tâche à tout prix », fait valoir Geneviève. Car, bien sûr, être dans le multitâche comporte le risque de faire les choses de façon incomplète ou dans l’unique but de les cocher dans une liste, sans prendre le temps de bien y réfléchir. Parfois, cela nous fait même perdre du temps, car il faudra reprendre une tâche.


Plutôt que de tenter de tout faire, Geneviève Cormier croit beaucoup aux exercices de priorisation. Puis, il faut aussi lâcher-prise à certains moments; il se pourrait que des tâches ne puissent pas être réalisées au cours d’une journée. Il faut aussi être réaliste envers soi-même et le temps dont on dispose.


Des étudiants éparpillés

Geneviève se rappelle, au début des années 2000 avant les médias sociaux et l’usage répandu du numérique, alors que les étudiants avaient très peu de moyens de parler à leurs enseignants en-dehors des heures de cours. Lorsqu’elle donnait des consignes en classe, ils notaient tout attentivement.


Aujourd’hui, leur niveau d’attention est en baisse en classe. S’ils n’ont pas retenu une information, ils envoient des messages à travers de multiples canaux de communication pour se faire rappeler des consignes de base.


« Les étudiants écrivent à toute heure du jour ou de la nuit. Comme enseignant, on n’est pas obligé de répondre dans la minute qui suit. » - Geneviève Cormier

Multitâche avec ou sans technologie

Il est clair que le développement du numérique a changé la donne en ce qui concerne le multitâche, en accélérant le flot d'informations. « Nous pouvons désormais travailler en dehors des heures dites normales de travail. Nous sommes devenus accessibles 24 heures sur 24 », dit Charles-Antoine.


Ce faisant, nous nous retrouvons en surcharge cognitive, un phénomène de plus en plus fréquent, trop d’information à traiter, à prioriser qui exerce un stress sur notre cerveau.


De même, le multitâche en lien avec les technologies serait d’autant plus épuisant pour le corps humain puisque les stimuli sont encore plus nombreux. Geneviève donne son expérience d’enseignante en ligne au début de la pandémie alors qu’elle terminait ses journées beaucoup plus fatiguée qu’à l'habitude après avoir donné le même nombre d’heures de cours qu’avant.


« Notre mode de vie multitâche n’est peut-être pas nécessaire. Nous pouvons aussi apprendre à gérer les informations qui se rendent jusqu’à nous. Il faut arrêter d’avoir peur de manquer quelque chose », dit-elle.


Des conseils

  • Diminuer le nombre de notifications qui entrent en temps réel sur nos appareils.

  • Se déconnecter à certaines périodes de la journée.

  • Retrouver une hygiène de sommeil pour permettre à notre cerveau de se reposer pour vrai.

  • Garder le contact avec la nature (cela apaise le corps et l’esprit et repose nos yeux).


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  • Que ce soit utilisé en amorce, en cours d’activité, en réinvestissement ou en devoir, une sélection d’extraits plus courts permet d’alimenter la réflexion, de nuancer ses idées et d’observer différents points de vue.

  • Réfléchir sur l’utilisation des appareils électronique en salle de classe afin d’optimiser la concentration et la qualité de la tâche

  • Engager les élèves dans la gestion des notifications pour favoriser de saines habitudes de vie



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Le balado Les Temps modernes offre une pause pour se donner le temps d’approfondir, de réfléchir, de comparer des points de vues, d’évaluer des impacts et surtout de se faire sa propre opinion sur les phénomènes en lien avec l’univers numérique.

Apprenez-en plus sur Les Temps modernes : https://monurl.ca/lestempsmodernes


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